• opus 34 : AILES FOLLES

    Ce poème a d'abord été publié dans "Poésie 65 " puis dans "Stéréophonies" chez Seghers , puis dans "Provence Magazine" ( scan ci dessous , et il y a aussi  des photos de Dom Dom , d'abord avant mes publications dans l'immeuble ou je vivais, puis aux Vallon des Auffes , par Robert Doisneau)

     

    AILES FOLLES

     

    *

     

    AILES FOLLES

     

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    version 1

     

     

    AILES FOLLES

     

    *

     

    version 2

     

    Lorsqu' à Marseille j' étais un encore un gamin 

    inscrit  au Lycée Saint Charles

    sur la colline alors couverte d'herbes 

    sauvages au dessus des trains 

    je partais presque chaque matin avec entrain

    cheminer par la rue Guibal puis le  boulevard  National ...

    au coin des deux il y avait  des feux  

    pour régler la circulation.

     

    Le vert signifiait aux automobiles qu'elles pouvaient circuler

    Le rouge, c'était pour les arrêter

    et que les piétons puissent traverser la rue

    et le feu orange,

    c'était pour se préparer à un changement de directive.

     

    Comme depuis tres longtemps je vis comme un ermite

    j'ignore si ce dispositif automatique existe encore

    en tous cas je l'ai expliqué aux éventuels extraterrestres

    qui  dans des années-lumiere  trouveraient interessant d'étudier

    les moeurs des fourmis humaines vivant jadis dans les cités.

     

    Parfois je stationnais là  près des feux l'air de rien 

    juste pour attendre    le passage  tellement désiré 

    de Mireille qui elle aussi allait au Lycée par ce trajet

    Je pouvais alors lui parler un peu , si le feu était au vert

    mais ensuite elle se hâtait de passer devant moi

    il fallait s'engouffrer dans un tunnel creusé  sous la gare

    et sauf à l'entrée où s'abritaient quelque clochards

    le trottoir devenait tres étroit

     

    La fumée devenait  si épaisse qu'on ne voyait même pas 

    la lumière  de la sortie de l'autre côté dans le matin 

    ce n'est que plus tard que le maire Gaston Defferre

    Fit percer une grande bouche d'aération dans le plafond 

    entre les aiguillages

     

     

     

    Alors  je me contentais  de suivre Mireille de près 

    Elle avait de très longs cheveux chatains

    qui brillaient sous les rares lampes jaunes

    cela me faissait la trouver belle

    sans doute parce qu'étais puceau

    car en fait elle n'était qu'une sorte de poupon maigrelet

    avec dans les yeux l'âge et l'intelligence

    de ses plus anciens ancêtres préhistoriques

     

    Néammoins  la frustration juvénile

    nous installe sur des radeaux de naufragés sans cesse multipliés ...

    N'importe quel rivage ou rencontre

    sont alors vécus comme une chance !

    Mais au fond aujourd'hui Mireille ne me me ferait aucun effet

    Lorsque je lui offrais un poème, elle était

    tellement bête qu'elle ricanait

    bref elle avait intérêt à ce que je ne la connaisse pas de trop près ...

    Comme sa bonté son lait était déjà tari  sous ses habits épais

     

    Mais dans mes rêves je pouvais l'idéaliser

    Jusqu'à ce  qu'elle se mit à m'appeler  Sécotine pour me dire bonjour

    du nom d'une colle forte dont on a du mal à se nettoyer le doigt ...

    La courtiser  c'était consentir à descendre les escaliers  ...

    Par contre un autre  jour, plus loin

    une charmante pute  m'invita à les monter

    Elle semblait si gentille et savoureuse

    que je n'avais pas compris qu'il fallait payer

    elle n'avait pas de son côté compris

    que j'avais les poches complètement vides...

    Bref  j'ai redescendu les marches 4 à 4

    carrément soulagé mais inquiet

    de ne pas savoir à l'avance qui était prostitué.

    Beaucoup de monde, il est vrai.

     

    Heureusement par la suite ce sont les femmes 

     qui se mirent à me draguer , suite à mes passages à la télé

    et à m'offrir directement ce que Mireille m'avait toujours refusé ...

     

    Même pas un baiser dans l'obscurité du tunnel !

    C'est vrai qu'on n'aurait pas pu faire halte,

    on aurait empêcher de passer

    toute une foule de morts vivants marchant d'un pas mécanique

    vers la machine à décerveler installée par les exploiteurs 

    ceux qui ont hérité du monde chez le notaire...

     

    Mais quand même  à la sortie du tunnel on aurait pu s'embrasser 

    sous un platane. Les oiseaux , eux  ,  moins farouches 

    me parlaient avec leur musique  et tout autour de moi picoraient

    Mais là Mireille tout de suite  prenait le chemin du Lycée Longchamp

    dans la direction opposée à celle de mon Lycée

     

    Maintenant peut être elle est pensionnaire à l'hospice des vieux

    ou dans un appartement luxueux à s'en asphyxier

    et sans doute si elle me voit un jour sur l'écran de sa télé

    elle changera de chaîne pour ne pas s'ennuyer

     

    Mais à l'âge où j'étais écolier ,

     

    j'étais même amoureux des grenouilles !

    Dans un grand bocal, j'élevais  des têtards 

    trouvés dans un bassin, une piscine en forme de haricot

    abandonnée  sur le grand morne au dessus de la ville

    où jadis se baignaient  les cheminots mais aujourd'hui 

    presqu'envahie  de roseaux, avec une plage de boue presque  séchée

    et entourée d'herbes folles et de coquelicots

     

    Je  regardais mes têtards devenir peu à peu des grenouilles,

    d'abord seules les pattes de derrière apparaissaient

    pour elles j'avais  bricolé une petite échelle  

    avec des branchettes et des allumettes  

    qui avaient déjà flambé à leur extrémité

     

    Lorsque mes têtards devenaient de mini grenouilles

    je ne les nourrissais plus avec des miettes mais avec des mouches

    que j'emprisonnais dans de petites cages faites avec des aiguilles 

    et deux fines rondelles de bouchon. Pardonnez moi les mouches

    D'avoir été à votre égard totalitaire...

    Je ne sus que plus tard que les souffrances qu'on endure

    échappent à l'attention des singes à la fausse éducation.

     

     

    Ah mes grenouilles  je croyais vous aimer  

    en vous capturant avant que vous sachiez sauter

    Je vous imaginais  accueillir mes pleurs et mes baisers

     et j'aurai vraiment tout tenté en vain

    pour vous transformer en femmes !

    il fallait peut être vous accepter 

    comme vous m'apparaissiez ...

    Vous n'aviez pas peur de moi

    vous me donniez de grands espoirs 

    en l'humanité !

     

    Hélas le destin des têtards, des mouches et des humains 

    parut bientôt  scellé sur différents chemins

    quoique nous ayons en commun des pattes et des yeux

    un estomac un intestin

    et qu'à l'école on affirmait 

    que l'homme était la créature clairvoyante

    capable de gérer  cette planète en jardinier intelligent

    ce qui nous donnait le droit de nous emprisonner nous mêmes

    pour  nous prouver que nous étions civilisés !

     

    Alors ma chère grenouille à la beauté méconnue

    va  donc jouer aussi  en sautant sur sa tête

    avec Mireille l'écolière orgueilleuse et méprisante d'être adorée

    Sois ma messagère , apporte lui 

    quelques unes de mes larmes, 

    fais nous sourire émerveillés

     

    je suis sorti avec entrain de l'appartement familial

    car si c'est ça une famille, je voudrais fuir encore plus loin

     Ce matin les feux rouge vert orange sont en panne

    Il faut traverser la rue à nos risques et périls

    ce serait dangereux de se tenir par la main

    La ville et comme un cimetière avec des coupoles d'or

    où les bandits intégrés se préparent de somptueux cercueils

     

    Tu vois Mireille je t'ai attendu caché derrière un platane

    as tu vu que mon coeur est plein de couleurs 

    comme les plumes de l'ara du zoo et du perroquet ?

    Non je ne l'ai pas recopié dans un livre mon poème ...

    Ah bon, il n'a pas de sens ? t'as décroché avant de le finir ?

     

     

    Mais  de loin ne sens tu pas mes baisers courir sur ta peau

    pour nous guérir de ce monde de fous où l'on fut enfanté ?

    Quoi ? tu dis que c'est moi qui suis fou et que le monde est raisonnable

    il suffirait d'emprunter les chemins balisés

    à l'avance et d'être un enfant sage ...

    Oh non baisers revenez moi en dansant ,électrisés 

    Et laissez sur mon corps vos marques

    vos suçons comme des trophées

    faut il apprendre à aimer les coups de fouet

    n'y a -t-il que des bouches savantes pour humilier?

    Non , sois plutôt la première à me voir enchanteur ...

     

    On dirait que dans la nuit à peine éclairée

    de ce tunnel plein de fumée épaisse

    une fusée nous emporte sur une autre planète moins polluée

    Zut elle a explosé en vol mais dans cette

    pollution on peut quand même essayer

    de ressusciter au milieu des feux d'artifice ...

    Est ce que tes yeux tes cils sont vraiment le trésor dont j'ai rêvé ?

     

    Pourquoi les voitures ont allumé leurs phares en klaxonnant ?

    est ce pour crier mon grand désespoir, mon manque en ta présence ?

    afin qu'il t'enveloppe comme des lianes grimpantes

    et que nous apprenions à nous consoler, c'est si simple, 

    même du bout des lèvres, vais je m'empoisonner ?

    c'est toi qui craint ça ? Mais j'ai brossé mes dents ,  

    je suis derrière toi sur mon radeau

    chaque jour différent à la dérive ...

    Et toi ne serais tu pas également naufragée ?

     

    Non ;aucune plante ne parvient à croitre sur le macadam, 

    Ni le béton noir de suie comme nos poumons en ces temps

     

    Heureusement que  j'ai appris à habiter d'abord mes rêves

    alors je ris d'imaginer qu'on se réveille toi et moi

     ensemble  dans une cabane avec juste des habits de feuillages

    en haut d'un platane au milieu des oiseaux , des chenilles , des papillons

     

    Par ailleurs  sais tu qu'en passant sous cette lampe jaune grillagée

    mon ombre est tout de même parvenue à te caresser

    Qui ne dit mot consent , bon je suis rassuré

    je suis maintenant assis sur le cerf volant 

    de tes cheveux brillants  qui tombent presque jusqu'aux fesses 

    comme des feuilles encore vivantes de sève et parfumées

     

    Oui je ris même à retardement 48 ans et demi   apres

    Je ris de ma naïveté et de ta danse même pas esquissée

     danse des 7 et  milliards de voiles

    même  quand la bête est dénudée

     car ne n'était qu'en enfer qu'on pouvait se rencontrer

    nous ne suivions pas le même chemin malgré les apparences

     

    ah oui aujourd'hui tu m'as fait bien rigoler

    sois en remerciée pauvre âme errante, espèce de bêcheuse

    heureusement que pour toujours après toi j'ai renoncé à draguer

    car c'est moi le tapis enchanté qui pouvait te faire voyager

    même assigné à résidence par les éleveurs d'enfants

    qui ont déjà programmé le sort des vieillards poignardés ...

     

     

     

     

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